Les poinçons de l'orfèvrerie Desury de Saint-Brieuc

Proposition d'attribution des différents poinçons des orfèvres Desury

L'avancement des recherches sur l'orfèvrerie Desury me permet de suggérer une première attribution des poinçons. Exercice difficile puisque les archives de l'orfèvrerie sont muettes sur le sujet, mais aussi parce que la réforme des poinçons d'état de 1838 a conduit à ne plus pouvoir dater les objets avec précision depuis cette date.
Au sujet de ce dernier point on pourra se référer au site Conseil des musées de Poitou-Charentes : Un dossier sur l'évolution des poinçons d'état de 1793 à nos jours.

Par ailleurs les recherches aux archives départementales des Côtes d'Armor concernant le bureau de garantie de Saint-Brieuc qui était en activité de l'an VI (1797/98) à 1887 n'ont rien données, ainsi que celles auprès des archives de Maine-et-Loire pour le bureau de garantie de Saumur dont dépendra par la suite Saint-Brieuc après sa fermeture.

 

Romain Desury (1754-1825)

Le poinçon de maître insculpé, le 29 novembre 1781, à la cours des Monnaies de Rennes (Ille-et-Vilaine) est présent sur la pièce la plus ancienne connue et réalisée par Romain Desury aux alentours de 1781 :
Le ciboire de Meslin (Côtes d'Armor).

Poinçon aux initiales R.D. séparées par une hermine surmontée d'une fleur de lys couronnée avec deux grains de remède.

  • Poinçon du ciboire de Meslin
    Phot. © J. Berroyer - 2004

Lors de la Révolution, les corporations d'orfèvres sont dissoutes et les poinçons doivent prendre une forme losangique. De fait, il ne sont plus de Maître, mais de fabriquant.

Ici, celui de Romain Desury en 1805, présent sur le buste reliquaire de Moncontour (Côtes d'Armor).
Lettres D.S. séparées par un point, un grain de remède au dessous et probablement une moucheture d'hermine au dessus.

  • Poinçon du buste reliquaire de Moncontour
    Phot. © Xavier Desury - 2004
 

Marie Hippolyte Desury (1785-1852)

Ce deuxième poinçon, losangique, lettre D entourée de deux points, apparait entre 1809 et 1819. Période charnière pendant laquelle père et fils travaillaient ensemble. On le trouve, plus rarement, sur des pièces d'orfèvrerie datées après 1838.
Il pourrait être le troisième poinçon de Romain, mais est plus probablement le poinçon de son fils Marie Hippolyte.
Le doute subsite. Il ne serait pas impossible que ce poinçon ait été utilisé par les deux orfèvres.

Ici représenté sur une navette à encens à Lanfains (Côtes d'Armor).

  • Poinçon - Navette à encens - Lanfains
    Phot. © Xavier Desury - 2005
 

Veuve Desury (1795-1873) et Hippolyte Paul Desury (1835-1894)

Ce poinçon rectangulaire, DESURY ST BRIEUC, que l'on trouve sur des pièces datées après 1838, pourrait être celui utilisé pendant les dix années (1852-1862) où Jacquette Desury, veuve de Marie Hippolyte, assure la continuité des affaires de l'orfèvrerie avec son fils Hippolyte Paul.

A l'arrière d'un plateau pour burettes réalisé pour Allineuc (Côtes d'Armor).

  • Poinçon - Navette à encens - Lanfains
    Phot. © Xavier Desury - 2005
 

Hippolyte Paul Desury (1835-1894)

Ce poinçon DESURY.H. dans un rectangle aux angles tronqués à droite, se trouve sur une patène à Pléneuf-Val-André (Côtes d'Armor), également, sur une croix de procession datée de 1870, à Pont-Melvez (Côtes d'Armor) et récemment trouvé sur trois cuillères en métal argenté chinées sur le net..

  • Poinçon - Patène - Pléneuf-Val-André
    Phot. Inv. B. Bègne
    © Inventaire général,
    ADAGP, 2006
  • Poinçons - Croix procession - Pont-Melvez
    Phot. © Xavier Desury - 2007

  • Poinçon - Cuillère métal argenté
    Collection & phot. © Xavier Desury - 2018


Autre poinçon de Hippolyte Paul, toujours dans un rectangle aux angles tronqués à droite, avec la mention supplémentaire : ST BRIEUC.

Il se trouve sur le couvercle du baptistère de Saint-Quay-Portrieux (Côtes d'Armor) fabriqué entre 1879 et 1884.

  • Poinçon - Baptistère - Saint-Quay-Portrieux
    Phot. © Xavier Desury - 2004
 

Hippolyte Marie Desury (1862-1904)
René Desury (1900-1963)

Nos deux derniers orfèvres vont conserver et utiliser le poinçon de Hippolyte Paul Desury : DESURY.H. ST BRIEUC

Ici, en 1934, sur l'ostensoir de l'église de Gouédic à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor).

  • Poinçon - Ostensoir - Saint-Brieuc
    Phot. © Xavier Desury - 2005
 

René Desury (1900-1963)

Toujours ce même poinçon de Hippolyte Paul Desury

Ici en 1927, en dessous du pied d'un calice et patène réalisé pour le Chanoine Le Diouron.

  • Poinçon - Calice et patène - Chanoine Le Diouron - Orf. René Desury
    Phot. © Xavier Desury - 2012

Le poinçon de fabriquant en haut à gauche, lettres R et H séparées par un motif qui semble être un pilon, sur la patène du Chanoine Le Diouron.

  • Poinçons - Calice et patène - Chanoine Le Diouron - Orf. René Desury
    Phot. © Xavier Desury - 2012

Autre poinçon de fabriquant, lettres H ou R (difficile de statuer) et D séparées par un trèfle à quatre feuilles.
Poinçon figurant respectivement sur les couronnes de Notre-Dame de Toute Aide à Querrien et les couronnes de Notre-Dame des Fontaines à Pontrieux réalisées en 1950 et 1954 (Côtes d'Armor).

  • Couronnes Notre-Dame de Toute Aide - Poinçon René Desury   Couronnes Notre-Dame des Fontaines - Poinçon René Desury
    Phot. © Xavier Desury - 2012 / 2014

L'observation du poinçon de René Desury sur les couronnes de la basilique de Notre-Dame de Délivrance à Quintin, réalisées en 1934, semble statuer pour les initiales H & D. Rappelons, au besoin, que René Desury avait pour deuxième prénom Hippolyte. Plusieurs hypothèses peuvent être émises pour le choix du H sans que l'on puisse en privilégier une, en particulier :
- René a conservé le poinçon de son père Hippolyte Marie Desury.
- Il a voulu rendre hommage à ses prédécesseurs Hippolyte Marie Desury et Hippolyte Paul Desury.
- Il voulait se différencier des orfèvres parisiens Louis Ravinet et Charles d'Enfert dont la société avait pour poinçon les lettres R & D séparées par un trèfle à trois feuilles.


Des poinçons susceptibles d'être attribués à l'orfèvrerie Desury

Ci-dessous deux poinçons qui pourraient être issus de l'atelier Desury. Mais les investigations sont encore trop maigres pour en tirer des certitudes.

Un poinçon losangique (1838-1919)

Au dos d'une petite croix pectorale en argent massif et brillants (poinçon de titre tête de sanglier en usage de 1838 à 1919) présence d'un poinçon d'orfèvre dont il manque la première initiale. Au centre une fleur à deux feuilles, peut être une margueritte suivie de la lettre "D".
Cela ne permet pas d’affirmer que l'objet est une réalisation d'un des ateliers Desury. Mais, il suffirait lors des recherches in-situ de trouver avec le même poinçon une pièce qui s'avérait issue de la maison pour le valider. D'autant que pour les poinçons losangique des orfèvres Desury il y a chronologiquement certainement des manques.

  • Poinçon croix pendentif   Croix pendentif
    Collection & phot. © Xavier Desury - 2018

Un cartouche (deuxième moitiée du XIXe)

Ce poinçon en forme de cartouche et récemment trouvé sur trois cuillères en métal argenté (modèle à filet) chinées en salle des ventes à Rennes, sur lesquelles est présent le poinçon DESURY.H. dans un rectangle aux angles tronqués à droite. Ce nouveau poinçon qui se lit verticalement montre une initiale "H", peut être pour Hippolyte, l'initiale surmontée de ce qui s'avère être définitivement une tête de Griffon dîtes "éraillée", le tout dans un cartouche aux pans coupés en haut. Le "H" pour Hippolyte, le griffon qui est l’emblème du blason de Saint-Brieuc, les pans coupés qui rappellent un autre poinçon horizontal aux angles tronqués à droite, tout cela constitue un faisceau d'indices assez confondant. Le plus étonnant est que ce dernier poinçon, totalement inconnu jusqu'ici, a été frappé sur celui de la maison Christofle ! C'est absolument flagrant et indiscutable. Mais, pour quelles raisons ?

  • Poinçon cuillère métal argenté   Poinçon cuillère métal argenté       Couverts métal argenté
    Collection & phot. © Xavier Desury - 2018
  • Tête de griffon éraillée   Blason Saint-Brieuc
    Tête de griffon éraillée et blason de la ville de Saint-Brieuc

le poinçon Desury insculpé sur les manches montre que les cuillères sont passées à l'atelier, rue Charbonnerie, pour une restauration et certainement au minimum une réargenture.
Les angles tronqués aux extrémités du poinçon sont une caractéristique qui se réitère depuis le milieu du XIXe, avec pour initiateur Hippolyte Paul Desury.

A noter que fin 2016 une série de six cuillères et cinq fourchettes en métal argenté modèle à filet a été proposé en salle des ventes chez Drouot.
L’ensemble des couverts est chiffré "B P" à un endroit inhabituel. Chaque couvert présente un nombre de poinçon variable : deux (2 couverts) trois (2 couverts) quatre (2 couverts) cinq (5 couverts).
Sur la cuillère n°1 on retrouve le cartouche avec l'initiale "H" surmontée d'une tête de Griffon associé au poinçon "DESURY.H.". Ces mêmes poinçons sont sur la fourchette n°1 séparés par celui de la maison Christofle.

  • Couverts argentés vendus chez Drouot - 5 novembre 2016
    Couverts argentés vendus chez Drouot - 5 novembre 2016
  • Poinçons cuillère n°1 métal argenté
    Poinçons cuillère n°1 métal argenté
  • Poinçons Desury cuillère n°1 métal argenté
    Poinçons Desury cuillère n°1 métal argenté

  • Photographies © Audap-Mirabaud - 2016


Dernière mise à jour : 28/04/2019