
Pour exercer l'orfèvrerie, plusieurs conditions étaient requises : avoir accompli au moins huit années d'apprentissage, à moins d'être fils de maître ou bien d'avoir un privilège du roi, que se produise une vacance, car le nombre d'orfèvres était déterminé dans chaque ville par une ordonnance royale (en outre, les jurandes avaient prévu dans leurs règles d'accession à la maîtrise un système d'alternance entre les apprentis et les fils de maître) et passer certains examens. Quatre procès-verbaux devaient pouvoir être présentés qui étaient joints à la requête d'admission : procès-verbaux d'information de catholicité, bonne vie et moeurs, de présentation de chef-d'oeuvre, de vérification des poids et balances et enfin d'insculpation de poinçon.
Romain présente sa
requête d'admission au Procureur du Roi de la Cour des Monnaies de Rennes, Beaugérard de
Grandmaison, le 26 novembre 1781, celui-ci, au vu du certificat d'apprentissage, du 16
juin 1774, établi par le Sieur Le Vieu et de celui obtenu du corps des marchands
orfèvres de la ville de Mons (daté du 6 novembre 1781) requiert qu'il soit fait
information de vie, moeurs et religion du requérant. Le procès verbal d'information est
consigné, le 27 novembre, par François Gazon de la Maisonneuve, Général provincial de
la Cour des Monnaies de Rennes, en ces termes : "Vénérable et discret messire
Etienne Marie Baneville prêtre semi prébendé de la cathédrale de Rennes demeurant rüe
du four du Chapitre paroisse Saint-Etienne âgé d'environ quarante deux ans témoin
duquel le serment pris et recû de dire vérité ce qu'il a promis et jurés faire ayant
la main adpectus enquis dit être purgés de conseils sollicitations et autres causes de
faveur, n'être parent, allié, tenu, obligé, serviteur, domestique, créancier ni
redevable du Sieur Desury.
Dépose connoitre le dit Sieur Desury pour être de bonnes vie et moeurs et de la religion
catholique, apostolique et Romaine.
Telle est sa déposition de laquelle lecture lui faites de mot à autres il a dit qu'elle
est véritable y persiste n'y vouloir augmenter ni diminuer n'a requis taxe et a
signé."
De tels serments sont également déposés par Maître Pierre Le Mer, commis au greffe de
la Sénéchaussée au siège présidial de Rennes et par Yves Morin, compagnon orfèvre,
qui précise que le "Sieur Desury est très versé dans l'art d'orfèvrerie".
Vu le procès-verbal d'information, le Procureur du Roi exige qu'il soit fait un chef-d'oeuvre, tel qu'il plaira à la Cour des Monnaies. Celui-ci s'exécutait à la maison commune des orfèvres, sous le contrôle des gardes jurés et il arrivait qu'on le fasse refaire s'il n'était pas satisfaisant (comme cet orfèvre qui devait être reçu au titre de privilégié, contraint de refaire trois fois la bague qu'il devait exécuter et dont le travail sera déclaré "passablement bien" ). Ainsi, Gazon de la Maisonneuve désigne pour chef-d'oeuvre, une cuillère à ragoût unie qui sera façonnée dans la boutique du Sieur Roysard, marchand maître orfèvre à Rennes et juré garde de la communauté. Le chef-d'oeuvre est présenté à la Cour des Monnaies de Rennes, le 29 novembre, en présence du Général provincial, du Sieur Le Boeuf, commis jurés et de Maître Jean Aubry, premier huissier, lesquels déclarent : "Lequel chef d'oeuvre le dit Sieur Roysard a affirmé avoir été fait en sa boutique et présence, qu'il est bien et düement exécuté et en sa perfection."
Le même jour Romain est reçu maître par "Nous Général provincial en présence du procureur du Roi, après avoir intérrogé le dit Romain Desury sur les alliages et reglemens de l'art d'orfèvrerie et qu'il a suffisamment répondu (...) à la charge d'avoir de bons et fidèles registres de nous chiffrés, pour y inserer jour pour jour mois et an toutes les marchandises et ouvrages d'or et d'argent qu'il achetera, vendra et fabriquera, de souffrir nos visites et celles des jurés gardes des orfèvres de Dinan à la jurande desquels il sera soumis, d'observer les édits et déclarations du Roi arrêts et reglemens de son conseil, de la Cour des monoies et sentences de ce siège, comme aussi de faire essayer et contremarquer exactement tous les ouvrages d'or et d'argent qu'il fera à la maison commune des orfèvres de Dinan ce qu'il a promis et jurés ayant la main levée."
Une caution était
demandée, au moment de la réception, pour répondre des abus et malversations
éventuels, ainsi que le versement d'un droit de maîtrise. A Rennes, à partir de 1769,
le droit était de 120 livres pour les fils de maître, 240 pour les apprentis et 480 pour
les privilégiés. La caution exigée pour Romain était de six marcs d'argent et ce fut
un nommé Quermeneur, orfèvre à Rennes, qui se constitua caution volontaire.
Le maître devait également présenter "les poids et balances dont il entend se
servir pour être étalonnés et vérifiés à la pile originale". Les poinçons
de maître étaient alors insculpés sur la table de cuivre des orfèvres de Saint-Brieuc,
déposée au greffe du siège de la Cour des Monnaies de Rennes et le nom de l'orfèvre
était gravé à côté. Les poinçons de notre aïeul portent, le premier, ses initiales
R. D. avec les deux grains de remède et le second une abeille . Aux initiales, souvent,
on ajoutait un attribut appelé différent (couronne, fleur de lys, hermine...) qui
permettait de différencier les poinçons entre eux, mais ces différents sont rarement
mentionnés dans les certificats d'insculpations.
Illustration du poinçon de maître de Romain Desury - (c) Xavier Desury - 2003
Lors de la cessation d'activité ou du décès du maître, son poinçon devait être biffé et rompu. Sa veuve ou ses héritiers l'ayant rapporté à la communauté, les gardes le rengrenaient dans l'empreinte originale de son insculpation sur la table de cuivre, afin de s'assurer que le poinçon présenté était bien celui qui avait été remis au maître lors de sa réception, puis ils le réinsculpaient sur la même table à côté de la première empreinte, pour ensuite l'imprimer sur le registre au noir de la fumée d'une chandelle et l'ayant déformé en leur présence, ils dressaient l'acte sur le registre en forme de procès-verbal . Sa veuve pouvait continuer le commerce, à la condition de présenter un nouveau poinçon qui, souvent, comportait ses initiales et la lettre V.
A l'issue de la réception à la maîtrise, l'orfèvre fait partie de la jurande dont il dépend, jurande qui est régie par deux gardes jurés élus pour deux ans par les orfèvres de la communauté. Après leur élection, ils prêtent serment et font insculper leurs poinçons de contremarque (qui est obligatoire à partir du XIIIème siècle) à la Cour des Monnaies, les précédents poinçons étant déformés et rompus. Le poinçon de la jurande est appliqué par les gardes jurés sur la pièce de l'orfèvre à peine ébauchée, voir sur la feuille de métal avant tout travail et certifie l'exactitude du titre, c'est à dire la teneur en métal précieux. Pour ce poinçon ce sont les lettres de l'alphabet qui sont presque toujours utilisées. Les poinçons de charge et de décharge apparaissent à la fin du XVIIème siècle, le premier atteste du paiement des droits de marque et est appliqué au début du travail, le second certifie du paiement du solde des droits et n'est appliqué qu'une fois la pièce d'orfèvrerie achevée.