
La période
révolutionnaire fut pour l'orfèvrerie française un véritable désastre et la Bretagne
ne fut pas exempte de destructions.
La grave crise économique que connut le pays en
1787-88 conduisit le peuple français, dans une sorte d'élan patriotique, à remettre à
la Monnaie une grande partie de son orfèvrerie et de ses bijoux pour y être fondue.
Ce
mouvement fut encouragé par l'emprunt national de 1789 et par la possibilité que l'on
donna de payer l'impôt sur le revenu en vaisselle et autres objets en métal précieux.
Ainsi disparaissaient de nombreux trésors, auxquels s'ajouteront ceux emportés par les
émigrés et ceux des églises et monastères réquisitionnés pendant la Terreur.
Dans
les églises on emportait tout ce qui pouvait être fondu. L'orfèvrerie cultuelle, les
fonds baptismaux, les grilles de choeur et surtout les cloches dont le bronze servait à
la fabrication des canons. Les besoins étaient tels que l'on n'hésitait pas à ouvrir
les tombeaux et à violer les sépultures pour y récupérer les bijoux et le plomb pour
les munitions.
On comprend, alors, les difficultés rencontrées par les orfèvres qui, ayant déjà de
moins en moins de commandes, détruisaient leurs invendus et les travaux qu'ils ne
pouvaient pas terminer faute de matériaux, afin de récupérer le métal précieux qui
devenait de plus en plus rare et pour ne pas payer, inutilement, des droits de marques.
Si notre aïeul a passé la crise révolutionnaire sans encombre, il n'en a pas été de
même pour tous les orfèvres de Bretagne.
Ainsi, à Rennes, on comptait en 1787 onze
ateliers et au lendemain de la tourmente il en restait moins de cinq.
Certains orfèvres
changeaient de métier devenant serruriers ou armuriers, d'autres s'engageaient dans les
armées de la République ou quittaient femmes et enfants pour chercher, de ville en
ville, à travailler comme compagnon.
Fort heureusement certaines pièces d'orfèvrerie (essentiellement d'église) furent
cachées et sauvées de l'inimaginable frénésie qu'éprouvaient les révolutionnaires
pour le métal précieux.
Ce sont celles (trop rares) que l'on peut maintenant admirer
dans les trésors de nos cathédrales bretonnes.